Entretien avec Jean-Christophe Attias autour de son dernier livre « Un juif de mauvaise foi » (JewPop, 13 novembre 2017)
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« Jean-Christophe Attias ». Ça pourrait ressembler au « Marie-Christelle Cohen » des mauvaises blagues. Avouons, ce n’est franchement pas un prénom pour un juif ça. Mais il a réussi, lui le professeur d’hébreu, le chercheur spécialisé des pensées juives médiévales, à en faire autre chose qu’occasion à sourire. Pas un symbole, non, car il n’a pas prétention à faire école ni à être autre chose que lui-même : un homme né d’une mère catholique charentaise et d’un père juif algérien qui, à vingt ans, a décidé de se convertir au judaïsme dans les règles de la Loi.

Dans ce récit, Un juif de mauvaise foi, il revient, quarante ans après cette conversion, sur son être-juif et son chemin dans le judaïsme, la communauté, l’en-dehors de la communauté. Sur son histoire familiale, ce père, ce « juif concret » si complexe, le fantôme de sa sœur décédée enfant et à qui il offre un tombeau de papier dans des pages superbes, la rencontre avec l’amour (la sénatrice EELV Esther Benbassa), le vrai, qui lui a fait troquer l’orthopraxie pour la subversion. Juif, il l’est toujours, irrémédiablement, jusque dans ses paradoxes, son humour, son appétit pour la justice sociale, son travail, ses écrits. Dans son attachement derechef à certains rites, et sans doute dans sa nostalgie de la pratique, dont il évoque un retour possible dans les dernières pages, comme pour ne pas fermer la porte. Jean-Christophe Attias, c’est avant tout une plume d’une grande finesse, ciselée, qui nous fait aimer Koupi, le petit singe du manuel d’hébreu de son enfance, raconte la difficulté à obtenir une chaire universitaire traditionnellement occupée par des grands rabbins quand on s’appelle Jean-Christophe. Il dit aussi la part (nécessaire ?) de trahison et de blessures infligées qu’il faut pour trouver sa voix et devenir soi…

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